Donner un point de vue qui se veut autre, dans tous les cas un point de vue politiquement incorrect. Haroun donne son avis sur l'actualité du petit monde qui nous entoure... Ni de droite, ni de gauche... Du dessus !
18 Octobre 2016

Comme l’expliquait Sarkozy ce matin sur France Inter, Bolloré, son « ami » qui lui prête son bateau pour les vacances, un organe de presse fait ce que son propriétaire souhaite. Je traduis mais en gros c’est ce qu’il pense. Aux USA ils ont l’habitude de dire : « qui paye commande ! » Merci l’ex, nous avons compris. Mais en fait, n’a-t-il pas raison ? Daniel Schneidermann s’interroge aussi et sa réponse est ici. Mais il est journaliste contrairement à moi qui ne le suis pas, et je ne travaille pas non plus contre rémunération pour la production d’articles à insérer dans un support quel qu’il soit. Schneidermann peut prendre de la distance parce qu’il est lui-même propriétaire du support sur lequel nous pouvons jouir de son écriture et de ses débats. Je ne crois pas qu’un patron de presse soit enchanté à l’idée de donner un salaire à quelqu’un qui ne pense pas comme lui. Je ne vois pas chez www.arretsurimage.net de journalistes de droite encore moins d’extrême droite, pourquoi ne verrions-nous pas un Morandini chez Bolloré ?
Les questions qui nous taraudent, Schneidermann et moi, sans même qu’il me connaisse, sont les suivantes : « Qui défend la liberté d’expression ? Qui défend la liberté de la presse ? Sont-ce les mêmes libertés ? Et en fait, qu’est-ce que la liberté ? » Parce qu’ils sont tous très gentils nos donneurs de leçons, politiciens patentés qui savent tout avant d’être élus et qui ne se souviennent plus de rien après ; ils défilent pour Charlie mais l’enterre avec joie dès qu’ils sont la cible de celui-ci. Mais la faute ne leur est pas imputable. Si Bolloré a raison de faire ce qu’il veut de son argent, personne n’oblige ses salariés à le rester. Et tout est dit ou presque, nous revenons toujours à la même conclusion, la servitude n’existe que parce qu’elle est volontaire. Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. Le problème est que le patron « d’Arrêt sur images » a pris le risque de se battre et de créer, avec ou sans aide, sa propre « boîte », son organe de presse qui fait ce qu’il peut pour compléter une offre de presse énorme par la quantité et infime par la qualité, mais pas tous ces journalistes grévistes à genoux plutôt que démissionnaires debout. Pour défendre leurs carrières, leurs intérêts financiers, leurs avantages professionnels, ils préfèrent faire une grève qui ne sert à rien puisque le chef a tout de même fait apparaître sur les écrans un Morandini souriant et bénéficiaire, comme beaucoup mais pas tous (pas les arabes ni les noirs et encore moins s’ils sont musulmans), de la présomption d’innocence. Bien sûr il faut en avoir beaucoup plus pour se battre que pour se coucher…
Quand on me dit que les nazis devaient obéir aux ordres et massacrer à qui mieux mieux, je réponds invariablement qu’ils n’y étaient pas obligés. Mais ils le faisaient pour s’épargner la mort en préférant l’administrer à des milliers d’autres dont ils se moquaient éperdument. Eh bien, là-aussi, ils avaient le choix et ils ont fait le mauvais. Que ferait un gouvernement devant une désobéissance civile totale, une éthique qui pousserait ses subordonnés à faire ce qui est juste et dans l’intérêt de tous au lieu du contraire ? Il en est de même chez Bolloré, vous n’êtes pas contents ? Vous avez deux options ; la pacifique et la violente. La première : vous partez en silence tout en préparant votre lutte de l’extérieur. La seconde : vous détruisez tout et vous chassez des lieux tous ceux qui s’opposent à vous. De toutes les manières celui qui finance aura raison au bout du compte et ce sera pire à partir de 2017 avec la droitisation générale des partis traditionnels et l’omniprésence de la Le Pen dans les cerveaux mal formés de nos politiciens de tous bords. Alors, comme non-violent, je préconise la première solution. C’est celle qui vous permettra de sortir grands d’une aventure où les petits resteront dans la basse-cour de leur patron sans réfléchir juste pour manger le plus possible. Eh oui, je sais, il faut payer le loyer, la voiture, internet, le téléphone… Oui, tout est là. Eh bien je vous propose d’inventer le « kibboutz » du journalisme, de faire la première unité de vie commune des journalistes qui ont le courage de ne pas céder au « marché » de dupe qui consiste à faire d’un salarié un esclave avec son consentement implicite. Partagez vos frais, partagez vos habitations, partagez vos salaires et vos dépenses, partagez votre éthique, partagez votre liberté avec ceux qui, comme vous, veulent la défendre.
Même si nous ne regardons pas Morandini, cela ne nous exclut pas de résoudre, ou d’y aider, le souci que les journalistes peuvent avoir au niveau de leur propre liberté. Cependant, lorsque je dirigeais des journalistes dans une vie antérieure, je dois bien admettre que je préférais ceux qui adoptaient mon point de vue plutôt que ceux qui s’y opposaient. A mon corps défendant, j’avoue que jamais je n’ai utilisé une quelconque censure ou empêchement de mes collègues pensant différemment de moi, jamais. « Ne fais pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on te fasse » a toujours été ma façon de penser dans ce domaine. Mais mes obligations économiques n’étaient pas contrôlées par des actionnaires désireux de profits rapides et importants, j’étais seul et bien m’en prit. Nous sommes tous dans cette galère parce que nous acceptons ce triste fait. La presse se meurt parce qu’elle est devenue politiquement correcte. La presse d’opinion se porte bien. Dès que vous annoncez la couleur votre lectorat ou votre audience peuvent prendre forme. Il faut retirer toutes les stérilisations nécessaires au « plaire à tous » pour retourner aux vraies analyses approfondies et partisanes. Chacun aura sa presse, la droite, l’extrême droite, la gauche, l’extrême gauche, cela n’est pas un mal. En donnant dans le centre mou où « tout le monde il est beau tout le monde il est gentil » pour pouvoir vendre de la publicité, c’est fini, c’est mort. La presse est comme le reste, elle est le jouet d’intérêts financiers, alors laissons les supports vendeurs de pub à leurs actionnaires, ne les achetons plus et courons chez nos marchands de journaux acheter la presse libre, la seule qui vaille, la seule qui vous permettra de mieux comprendre que nous ne sommes que des pions que des joueurs d’échec planétaires meuvent dans le silence de leurs alcôves. Pour cela il faut que les journalistes, comme nous-mêmes, nous armions de courage et soyons prêts à faire certains sacrifices...
Qui est tenté par l’aventure ? Ouhouh… Y a-t-il quelqu’un ?
A bon entendeur, devenez sourd...
« L’ASSEMBLEE NATIONALE est toujours otage de Denis BAUPIN, Patrick BALKANY, Thomas THÉVENOUD et Sylvie ANDRIEUX qui sont toujours députés. Pensons à elle. Ne l’oublions pas. »